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mardi, octobre 27, 2020
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hip hop kamer : Les labels camerounais se cherchent

Le 15 septembre 2007, l’artiste rappeur Guy d’X, Guy Bokally de son vrai nom, présentait son premier album solo, « Prenons Conscience » à la presse à Douala. Avant toute chose, il a tenu à faire une précision, « Je ne suis plus avec le groupe S-Team avec qui j’ai cheminé pendant 9 ans. Cet album est le produit initial de mon label Guy d’X Productions et qui produira d’ici le premier trimestre 2008 Les Clés et Denis Ice« . Un label qui est donc venu s’ajouter à la vingtaine existants et dont les plus connus dans le domaine du rap camerounais sont Zomloa recordz de Dj Bilik, Mapane Records de Louis Tsoungui, Big boss de Rostand Ekeng, So Sound de Dj René Cool, Ajajent de Jean Laurent Nkembé alias Ajajo, Black Ship de Frank Fotso et Ndabott de Krotal.

Dans l’univers de la musique, un label est une marque collective qui se matérialise par des signes distinctifs, notamment le nom, le logo, les artistes ou l’écurie, les différentes branches de la production, du management, de l’encadrement et qui peut être utilisée par les différentes marques se conformant au cahier de charges du label. Au Cameroun, ces micros structures ont commencé à se créer dans la deuxième moitié des années 1990.

Le premier à se lancer dans cette voie c’est Francis Joël Atangana plus connu sous le nom de Dj Bilik, et qui, en 1994, avait monté avec Joël Teek et Tom Sepha devenu Rasyn le groupe Umar Cvm. Pour ce précurseur, la création de son label est intervenue après la dislocation de Umar Cvm. « Je me suis concentré sur mon propre label, Zomloa recordz, qui a vu le jour en mars 1996. Dans le même élan, Paul Edouard Etoundi alias Krotal, qui crée Ndabott productions en mai 2007 après son départ de Mapane Records, revendique une expérience d’ingénieur du son et de producteur puisque j’étais propriétaire au tiers de Mapane. Il me semblait évident de créer mon label pour partager mon expérience avec les plus jeunes ». Pour Guy d’X, les raisons de la naissance de son label se trouvent dans « le souci de vouloir vulgariser le hip hop camerounais car ce style de musique est universel et c’est un lien très fort de communication entre les jeunes du monde entier. J’ai également remarqué que beaucoup de jeunes rappeurs talentueux n’avaient pas d’albums mais une seule chanson avec le clip qu’il faisait diffuser dans les médias. Face à ses lacunes, il fallait donc réagir ».

Découvrir des talents

Devant cette interpellation à plus de responsabilité, les anciens rappeurs, sans véritable formation en management, décident de prendre aussi bien leur destin en mains que celui des artistes avec lesquels ils vont signer des contrats. Pour ainsi bénéficier d’une liberté artistique sans limites, d’une plus grande souplesse au niveau des stratégies, tant sur le plan de la promotion, du marketing, que de la distribution pour gérer au mieux la direction et l’image du label et de ses artistes.

Ces nouveaux labels veulent pouvoir sortir leurs projets musicaux en temps et en heure, ne pas attendre des semaines voire des mois pour obtenir une réponse qui ne viendrait peut-être jamais des labels sollicités. Après quelques années de tâtonnements dues à une absence d’école de formation pour les managers de labels, mais aussi des structures d’encadrements, les labels camerounais commencent en 2000 à se faire connaître et permettent aux Camerounais et au reste du monde de découvrir des jeunes bourrés de talents, qui ont des messages forts à faire passer.

C’est ainsi qu’en 2002, Zomloa Records sort la compil « Au pays de kush ». L’album est vendu à 3.000 exemplaires en cassettes et environ 1000 Cd. Y participent, Elokk, Moonkoutchou, Rasyn, Ikuru Nam, Sangoa Mboa, Karamel, Boby Shaman, Sultan Oshimin, etc. Dans lequel figurent des morceaux tels que « A nous la victoire », « Ongola town », une reprise de « Je vais à Yaoundé » du chanteur André Marie Talla. Le même label a permis à Kriss Bad, en 2003, d’enregistrer son album dont le single « No sida » a été choisi par les organismes comme Onusida, la Banque Mondiale, le Cnls, Synergies Africaines, etc., comme l’hymne à la lutte contre le sida au cameroun. L’album a été tiré à 30.000 exemplaires ! Grâce à Mapane Records on a par ailleurs découvert les rappeurs matures, à l’instar de Ak’sang Grave, Krotal, Funkis, Parol…, pratiquant un musique engagé et dénonciatrice des travers de la société dans laquelle ils vivent.

Le label So Sound Record a mis sur le marché en 2005 une compil des artistes de son écurie Vbh, Lemir Vana, Ursula, qui ont plusieurs fois enflammés les spectateurs qui se retrouvaient sur les berges du Wouri ou dans d’autres plateaux consacrés au rap. Tout comme Big Boss a produit le premier album de Holokost intitulé « 1er Sacrifice », qui marche plutôt bien en ce moment. Aujourd’hui, l’essentiel des albums de rap au Cameroun, environ une vingtaine par an, sont produits par ces labels qui sont pour la majorité indépendants, parce que n’ayant pas les moyens de fonctionnement d’un major comme Jps Productions, par exemple.

Cependant diriger un label n’est pas chose aisée. Car en plus de demander des capacités managériales et techniques et posséder son studio d’enregistrement, il faut également avoir de l’argent. Le talon d’Achille de ces labels est l’absence de financements pour faire fonctionner la structure et la stratégie, au niveau du plan de carrière des artistes avec lesquels ils ont des contrats.

Pour le patron de Ndabott Productions, qui a décidé d’avoir une démarche professionnelle et réaliste : « Je propose des contrats de deux ans aux artistes comme Le Reflet, Œil de Faucon, Sandrine ou encore Danielle Eog, avec qui je suis encore en négociation. C’est un contrat qui fait dans le développement de carrière, car ils ont un cachet à la signature et reçoivent les 15% de la vente de leurs albums que je fais en édition limitée de 2000 exemplaires, et bénéficie de la même exposition médiatique que moi et des plateaux de spectacles. Libérés des soucis de survie, ils peuvent entièrement se consacrer au travail de musicien pour faire un bon album, rentable ».

Source : Quotidien Mutations

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