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mardi, novembre 19, 2019
On Djoss

Yannick Drick (Président association Chad Art For World) : « Chad Music Expo est une vitrine pour les artistes du Tchad…»

Président de l’association Chad Art For World et manager d’artistes, Yannick Drick nous a reçu à N’djamena…

Qui est Yannick Drick?

Yannick Drick c’est NZOTCHOUAM sur le plan ethnologique en royaume Bamedjou cela veut dire  » le Cerveau » je suis un prince du royaume Fotouni (tribu de l’Afrique centrale) descendant de « Tchou lah » qui signifie « la tête du village » que fut mon grand-père qui présidait le conseil des sages du Chef en tant que conseiller stratégique du Roi, d’où l’héritage de la sagesse en gestion de crises et planification (management). Sur le plan culturel, je suis le Président de l’association Chad Art For World qui travaille à outiller les artistes tchadiens des éléments nécessaires pour le développement de leur carrière et l’exportation de leurs œuvres, par ailleurs Directeur Artistique de Chad Music Expo et Manager d’artistes.

Vous êtes le promoteur du salon Chad Music Expo. Pouvez-vous présenter à nos lecteurs cet évènement ?

Chad Music Expo est un évènement sous un format de Salon International qui est dédié aux professionnels de l’industrie musicale du Tchad et du monde, il se produit chaque année. Le Chad Music Expo est une vitrine, où les acteurs de l’industrie musicale ( artistes, producteurs, directeurs de salles, directeurs artistiques de festivals et marché, ingénieurs de son, journalistes culturels etc) venus du Tchad et des quatre coins du monde débattent et échangent sur les problématiques de grande importance par le biais des conférences de haut niveau, Storytelling, réseautent via les séances de Speed-meeting et de Networking, les artistes se produisent en showcases devant les directeurs de salles, festivals et producteurs de spectacle qui achètent les concerts qui les auraient le plus émerveillés, les journalistes et animateurs culturels quant à eux promeuvent les œuvres des artistes venus pour l’occasion.

Qu’est ce qui vous a motivé à lancer ce salon et particulièrement au Tchad ?

Parce que je suis un partisan de l’Afrofuturisme donc je n’ai pas de territoire sur le continent qui m’est étranger, je me sens partout chez moi. Je vis le futur de l’Afrique maintenant, un continent où on circule et entreprend du nord au sud de l’est à l’ouest sans barrière. Notre génération doit déconstruire cette aliénation qui voudrait qu’on soit limité par rapport aux frontières, et ce sont ces barrières qui sont à l’origine de cette calamité qu’est l’immigration clandestine aujourd’hui. Même assigné à une position de domination forte par les barrières des politiques on peut développer ses propres outils d’émancipation, Chad Music Expo c’est une forme d’émancipation pour moi. Au Tchad je suis chez moi malgré le fait que je vienne de Penja (village dans le littoral du Cameroun). Je me suis juste donné la mission de promouvoir ce savoir-faire culturel que je qualifie de : gisement musical tchadien sous exploité et méconnu du monde entier. Au Tchad il y a des artistes pétris de talents immenses et dotés de belles voix uniques, mais qui connaissent le sort de non médiatisation. Face à ce paradoxe patent, c’est ainsi que j’ai décidé de mettre mon savoir-faire pour essayer d’apporter une petite solution qui pourrait contribuer modestement à améliorer le climat du secteur de la musique au Tchad en créant une association dénommée Chad Art For World qui m’a permis de booker le groupe D6bel sur le Festival International des musiques Bantoues où ils ont pris le prix de la meilleure prestation musicale au Cameroun, par la suite j’ai pu booker Afrotronix sur les All African Music Awards où il est nominé dans quatre catégories et porte haut les couleurs du Tchad en remportant le prix « Best African Dj », notre association a travaillé à placer le jeune et talentueux guitariste tchadien Petit Solo dans un Prestigieux Master Class aux États-Unis appelé Silkroad’s Global Musician Workshop, l’artiste NDH leader du groupe D6BEL à la 19ème édition du festival mondial de la jeunesse et des étudiants où il a presté dans un stade plein à craquer, toujours dans notre quête de placer nos artistes tchadiens sur les scènes à l’étranger nous avons booké l’artiste Mélodji sur un marché de musique au Brésil dénommé Música Mundo, et le roi du Jazz made in Chad Djim Radé sur le Festival Jazz In Daegu en Corée du Sud mais comme d’habitude le sempiternel problème de billet d’avion s’est souvent posé, nous empêchant ainsi d’aller jusqu’au bout de nos rêves. Mais on n’a pas désespéré en 2017, je participe à Visa For Music (Marché des professionnels de l’industrie musicale d’Afrique et du Moyen-Orient) à Rabat au Maroc.

Dès mon retour je monte le projet Chad Music Expo au quel se sont greffés mes amis Yves Maïmos, les journalistes Virginia Bendima et Josué Koumnobeye, l’artiste Sultan, Olivier Prince Bendiman, Super John, Motha Blandine, Mr Banny Gata et les partenaires tels que le Sélésao, Excellence Communication, Preston Concept, l’institut français du Tchad et le ministère de la culture, car n’ayant pas les moyens d’acheter les billets d’avion aux artistes pour se produire à l’étranger, j’ai pensé plutôt à l’option de mettre sur pied une plateforme où les artistes se produisent en live devant les professionnels (journalistes, directeur de festival, producteurs etc) que nous invitons des quatre coins du monde pour qu’ils viennent acheter ou promouvoir les œuvres musicales du Tchad et d’ailleurs. En 2018, nous avons fait la première édition et cette année nous allons réaliser la deuxième édition du 25 au 27 octobre respectivement au Hilton, l’Institut Français du Tchad et Selesao.

La seconde édition de ce salon professionnel est prévu en octobre 2019, que doit-on déjà savoir ?

L’année dernière nous avons fait une édition état des lieux car nous avons jugé qu’il était important se replier sur nous même afin de se questionner sur les grands maux de notre industrie musicale afin de s’ouvrir sur le monde par la suite. Néanmoins nous avons sollicité lors des conférences débats l’expertise de l’artiste et producteur camerounais Wax Dey qui a une grande expérience du showbiz nigérian et sud-africain, pour qu’il puisse partager son savoir-faire avec les professionnels tchadiens à travers son storytelling (son histoire et conseils). Cela fut édifiant ! Cette année, nous allons recevoir les artistes, les journalistes et les directeurs de festivals venant de par le monde, nous allons proposer des showcases et des artistes exotiques présentant une qualité de spectacle singulier, ce sera ce qu’on a pas l’habitude de voir tous les jours. Et pour l’instant nos regards sont beaucoup plus tournés vers l’Afrique Centrale, de l’Ouest, l’Amérique du Nord, l’Asie du Nord en terme d’invités. Pour participer si vous êtes artiste envoyez nous 3 sons, un pressbook, un lien de scène live, une photo pro jusqu’au 31 Août 2019 à l’adresse : chadmusicexpo@gmail.com. Si vous êtes journaliste ou professionnels du secteur de la musique envoyez-nous les liens de vos réalisations ou les supports directement, un cv ou un pressbook et une photo pro à l’adresse : chadmusicexpo@gmail.com et notre équipe se chargera de vous contacter si votre candidature est retenue.

Quel regard portez-vous sur la musique tchadienne actuelle ?

La musique tchadienne agonise, son industrie avec. Si rien n’est fait elle va casser sa pipe! Les causes sont multiples et disparates. on a un gouvernement et une politique gouvernementale qui ne s’appuie point sur les prouesses des sportifs et des hommes de la culture pour trouver ses ambassadeurs du pays, un ministère du développement touristique, de la culture et de l’artisanat qui démissionne de temps en temps de ses fonctions régaliennes ( accompagner les projets artistiques porteurs et les artistes créatifs), un public acculturé et pas trop fanatique à cause des médias locaux qui diffusent plus les musiques d’ailleurs que celles de chez nous, non sans laisser le matraquage des médias internationaux omniprésents dans les bars, ménages et espace public, les mécènes qui se font de plus en plus rares, les producteurs et managers qui jettent l’éponge, un circuit de distribution musical quasi inexistant, le bureau des droits d’auteur tchadiens oublie les artistes il y a belle lurette. Conséquences les artistes tchadiens sont presque essoufflés et arrêtent progressivement de rêver, malgré le talent énorme dont ils possèdent. Cependant, il y a des labels qui suscitent l’espoir comme Preston Concept, Excellence Communication, Marge d’Action, des festivals comme Ndjam Vi, Koura Gosso, Nirida Festi Hip Hop, Ndjam s’enflamme en Slam qui font germer une nouvelle émulation avec une démarche professionnels le reste est encore à la traine.

Quels sont les points forts de la musique tchadienne?

Elle est particulière dans le sens où elle a de belles langues comme le sara, le gourane, l’arabe tchadien, le ngambaye qui en chant produisent de belles sonorités mais le plus grand défi reste de fusionner ces rythmes traditionnels à de l’électro, au jazz, à de la pop, l’afrobeat etc pour que son universalité fasse l’unanimité. Ainsi le monde découvrira les rythmes tels que le saï, le dalah, le bazaka, le gourna, Mbouandaye et biens d’autres. Aujourd’hui, l’évocation des noms de certains artistes comme Afrotronix, Sultan, Cidson Alguewi, Mawndoé, Abdoulaye Nderguet, D6BEL, Melodji, Djim Radé, Darsila, Croquemort révèle ainsi des éléments contextuels tchadiens qui traduisent que la musique tchadienne est prête à être exportée.

Au-delà des discours qu’est-ce qui doit être fait pour que la musique tchadienne s’exporte et intéresse les diffuseurs, promoteurs, etc…

Les musiciens tchadiens et acteurs de l’industrie doivent travailler sur la qualité de la musique, défaire les influences congolaises et soudanaises de cette musique pour la rendre pure et la fusionner à l’électro, le jazz, la soul, la pop bref les nouvelles vibrations du monde pour éviter de donner aux autres le sentiment d’une musique dépassée. Les artistes tchadiens doivent apprendre à travailler en équipe en ayant un manager, un directeur artistique, un photographe pro, un videographe, et qu’avec ces derniers ils signent des contrats, qu’on arrête de dire « vient me manager » et que cela reste juste verbale sans passer à l’acte juridique. Il faut qu’ils aillent jusqu’au bout d’une production lorsqu’ils ont signé un contrat de production. En outre, un regard sympa du gouvernement par rapport à la culture en général et la musique en particulier pourra être salutaire également. Car on disposera les moyens pour exporter puisque pour promouvoir cela demande du cash.

Pour sortir de cette interview, un message ?

Vivement que le Tchad ait un Grammy Awards, parce que des prix découvertes RFI on en a eu des bons et des moins bons! Tout est possible on travaille à rendre les choses impossibles possibles mais tout commence par un rêve. Le reste actons ensemble!

Interview réalisée par Ebah Essongue Shabba

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